Lisa Brûle

Si n’avaient été pour la cigarette, nous aurions été deux âmes jumelles. Comme toujours, moi à droite, elle à gauche. J’aime rester en silence en fumant, au contraire elle parle. Elle parlait, murmurait, et je l’écouté, face à ce spectacle. Elle aimait prendre les choses de front et tenir les épaules droites devant le monde, mais j’étais toujours un pas en arrière à la recueillir quand son armature tombait. Et à cause de cette chaleur, les flammes la fondraient.

Je n’y avais pensait longtemps. Rien n’avait été prémédité, au contraire chaque chose avait été accomplie naturellement. Un enchainement d’évènements qui, inévitablement, nous ont porté là.

Il n’y a rien de plus pénible que se réveiller tôt au matin pour arriver en avance au seul cours intéressant de la journée et découvrir que quelqu’un a pris ta place. Il n’y a pas de places attribuées dans la salle, il est évident. Mais tout le monde sait où on ne devrait jamais s’asseoir. C’est un fait d’habitude, de respect. Ils ne le savent pas, mais je sais que ce sont ces choses que peuvent la mettre en colère. Tous les deux, de plus, se lancèrent dans des gestes audacieux : une leva sa main pour répondre au professeur avec lequel elle voudrait faire son mémoire de maitrise et l’autre prit un café à sa cafetière préférée, en s’arrêtant là devant et en l’empêchant de boire le propre. Il aurait suffi de lui demander de se déplacer, mais pour elle c’était un clair signe. Ils avaient décidé de lui faire payer pour cette fois où elle eux avait donné le faux horaire du cours. Ils auraient pu la pardonner. Mais non. Sortis de la salle, il la heurta avec son ordinateur portable. Selon moi, par inadvertance. Mais elle était désormais rigide et sans pardon. Ils ne voulaient pas comprendre vraiment, au contraire je la comprenais. On s’arrête toujours après le cours, qui fume, qui bavarde, qui fait les deux choses, en me dérangeant. Si tu fumes tu ne parles pas. Tu ne peux pas parler pendant que tu fumes parce que soit la cigarette se consume pendant que tu débites sans respecter le tabac soit tu parles comme une pauvre toxicomane. Nous pouvions nous disputer pour des heures sur ça. Mais ce jour-là, elle ne parla pas : elle écouta. Elle termina sa cigarette et elle me dit : « cet après-midi nous avons quelque chose à faire ». Vraiment, rien d’inhabituel, elle disait toujours ces mots après le cours. Puis elle me dit de nous rencontrer chez moi. Ceci était inhabituel. A 15 heures, il n’y avait personne dans la rue. Je descendis et je la vis avec un bidon, je m’approchai et je sentis l’odeur. Je la comprends, je la sens comme s’elle faisait partie de moi, je ne suis pas capable d’apaiser ses souffrances, sinon en l’aidant. Je pris ma voiture et elle me conduisit jusqu’à une aire peu fréquentée de jour où il y avait une autre voiture, celle que j’imaginais de trouver : elle ouvra la boîte à gants, prit le briquet et je la vis en s’éloignant. Puis elle se mit à regarder et moi derrière elle.  

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